Un vestiaire où l’on baisse la voix, un regard insistant devant les miroirs de la zone musculation, un coach qui ne corrige jamais la même posture chez une femme et chez un homme. Ces situations reviennent dans une étude sur le sexisme en salle de sport, menée auprès d’un millier de pratiquantes. Depuis sa publication, certains clubs ont commencé à bouger. D’autres continuent comme avant.
Ce que les clubs changent après les témoignages de pratiquantes
Quand un établissement prend ces retours au sérieux, le changement passe rarement par une grande annonce. Il se voit d’abord dans les détails : une affiche retirée parce qu’elle réduisait les adhérentes à un corps, un vigile qui fait sa tournée dans la zone poids libres aux heures de forte fréquentation masculine, une fiche d’incident mise en place à l’accueil.
Le vrai signal, c’est la rapidité de réaction face à un signalement. Un club qui met trois semaines à répondre à une plainte envoie un message aussi clair qu’un club qui ne répond jamais : celui que le sujet n’est pas prioritaire.
Des créneaux et des espaces pensés pour les femmes
Certaines salles ont rouvert des créneaux réservés, en fin de matinée ou en milieu d’après-midi, sur des plages où l’affluence masculine est historiquement la plus forte. D’autres ont réaménagé un angle de la salle de musculation, avec du matériel identique à celui du reste de l’espace, pour casser l’effet de zone unique où se concentrent les regards.
Je ne vois pas ces créneaux comme une solution définitive. C’est un pansement utile, pas un traitement. Il permet à des femmes de s’entraîner sans se sentir observées, mais il ne change rien au comportement de ceux qui, sur les autres créneaux, continuent de commenter une tenue ou une silhouette. Le vrai travail commence après, quand on s’attaque à ce comportement-là, pas à l’horaire.
Trois leviers que les clubs activent concrètement
Formation des coachs à repérer les comportements problématiques
Créneaux ou zones aménagées à certaines heures
Procédure de signalement affichée et traitée rapidement
Former les coachs à repérer les comportements problématiques
Un coach qui travaille dans une salle croise chaque adhérente plusieurs fois par semaine. Il voit, ou il devrait voir, ce qu’une femme seule au milieu des machines n’ose pas toujours signaler elle-même. Certains clubs ont ajouté un module de formation sur ce point précis : reconnaître l’intimidation qui ne crie pas, celle qui se joue dans une remarque sur un vêtement ou un commentaire glissé à voix basse près des vestiaires.
Former un coach à ça demande du temps et de la répétition, pas une fiche distribuée une fois à l’embauche. Un bon coach n’attend pas qu’on vienne se plaindre, il intervient avant que la situation s’installe. C’est la différence entre un club qui réagit et un club qui prévient.
Le rôle de l’affichage et du règlement intérieur
Un règlement intérieur qui mentionne explicitement le respect entre adhérents n’empêche pas tout, mais il change la donne pour la personne qui veut porter plainte en interne. Elle sait alors qu’elle s’appuie sur un texte écrit, pas sur une tolérance informelle du personnel d’accueil.
L’affichage compte aussi parce qu’il s’adresse à tout le monde, y compris à celui qui ne pensait pas poser problème. Une phrase visible à l’entrée ou près des vestiaires rappelle une règle commune, sans viser personne en particulier. C’est modeste, mais ce n’est pas rien : une salle qui ne dit jamais rien laisse entendre que tout se vaut.
Ce que les adhérentes attendent encore
D’après les retours recueillis dans cette étude, la demande la plus fréquente reste simple : être prise au sérieux dès le premier signalement, sans avoir à répéter son histoire à trois personnes différentes avant qu’on s’en occupe. Vient ensuite l’envie de voir des femmes occuper les postes de coach, y compris dans les créneaux de musculation lourde, trop souvent réservés par habitude aux hommes.
Ce que je retiens de ces témoignages, c’est que les adhérentes ne demandent pas un traitement de faveur. Elles demandent que les règles déjà écrites s’appliquent réellement, à tout le monde, tout le temps. C’est peu, sur le papier. Dans les faits, c’est encore loin d’être systématique.

Pour qui s’entraîne seule et voyage aussi seule, ces questions de sécurité et de respect de l’espace se posent souvent ailleurs. On retrouve d’ailleurs des réflexes similaires dans les pièges à éviter lors d’un voyage en solo, où choisir le bon moment et le bon lieu compte autant qu’en salle de sport.
Ce qui change vraiment, selon moi
Les créneaux dédiés et les affiches sont des béquilles utiles, j’en suis convaincue. Mais la salle qui règle durablement ce problème est celle qui forme ses coachs et qui traite chaque signalement avec la même rigueur qu’un incident de sécurité sur une machine. Tant que ce n’est pas le cas partout, les adhérentes continueront de s’auto-organiser : créneaux choisis, zones évitées, horaires décalés. Ce n’est pas à elles de porter cette charge.
Une salle de sport est-elle obligée d’afficher une procédure de signalement ?
Rien ne l’impose légalement dans tous les cas, mais l’existence d’un règlement intérieur clair facilite les démarches internes d’une adhérente qui souhaite signaler un comportement.
Les créneaux réservés aux femmes existent-ils dans toutes les salles ?
Non, c’est une pratique encore minoritaire, propre à certains établissements et souvent limitée à quelques heures par semaine.




